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Pavillon Shotokan traditionnel
HISTOIRE & PHILOSOPHIE

L'Origine du mot Shotokan

Du pseudonyme poétique de Funakoshi à la maison du Pin

Le mot Shotokan (松濤館) est aujourd'hui mondialement connu comme le style de karaté le plus pratiqué au monde. Pourtant, à l'origine, ce terme n'avait rien d'un concept martial : il s'agit d'un hommage poétique et de la désignation d'un lieu physique.

Pour comprendre sa signification, il faut décomposer les trois idéogrammes (kanjis) qui le forment : Shō (松), Tō (濤) et Kan (館).

SHŌ

Le Pin

Représente le pin japonais. Dans la culture traditionnelle, le pin est un symbole de force, de longévité et de résilience, car il reste vert et vigoureux même au cœur des hivers les plus rudes.

Les Vagues / Le Flot

Désigne les vagues, le flot, ou le mouvement ondulatoire. Associé au pin, il évoque précisément le murmure ou le bruissement du vent qui traverse les aiguilles des arbres, semblable au bruit de l'océan.

KAN

La Maison / Le Bâtiment

Signifie la maison, le club, l'école ou le bâtiment officiel. C'est le suffixe que l'on retrouve traditionnellement pour désigner un lieu d'étude ou un dojo (comme dans le Kodokan en Judo).

Shōtō : Le pseudonyme littéraire du Maître

Dans sa jeunesse à Okinawa, Maître Gichin Funakoshi aimait se promener à l'écart de la ville, notamment sur le mont Torao. Cette colline était recouverte de forêts de pins qui ondulaient sous le vent marin, rappelant le mouvement des vagues de l'océan.

Passionné de poésie, de littérature et de calligraphie, Funakoshi s'est inspiré de ce spectacle naturel et de la sérénité du lieu pour choisir son nom de plume. Lorsqu'il écrivait des poèmes ou signait ses œuvres de calligraphie, il utilisait le pseudonyme Shōtō (littéralement « le bruissement des pins sous le vent »).

« Le mont Torao est particulièrement propice à la méditation. Le chant du vent dans les pins y ressemble à s'y méprendre au grondement des vagues lointaines. »

— Évocations des carnets de Gichin Funakoshi

La création du Dojo Shotokan (1939)

Lorsque Gichin Funakoshi s'installa définitivement à Tokyo pour diffuser le karaté, ses élèves se cotisèrent pour lui offrir un dojo digne de ce nom. En 1939, le bâtiment officiel fut inauguré.

Pour honorer leur professeur, les étudiants décidèrent de placer une plaque à l'entrée du dojo portant l'inscription Shotokan : « La maison de Shōtō » (le dojo de Funakoshi). À l'origine, ce mot servait donc uniquement à désigner le bâtiment lui-même, et non un style technique.

Malheureusement, le bâtiment d'origine fut détruit pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, le nom survécut à travers les élèves du Maître, qui continuèrent à revendiquer l'enseignement reçu dans ce dojo, officialisant ainsi le style « Shotokan » à travers le monde.

Le terme Shotokan rappelle à chaque pratiquant que l'art martial ne se limite pas à la force brute, mais s'ancre dans la poésie, la méditation et le respect de la nature.